CDD requalifié en CDI : un salarié peut désormais obtenir une provision en référé
- 9 déc. 2025
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Une décision importante de la Cour de cassation du 27 novembre 2025 vient assouplir les possibilités offertes aux salariés lorsqu’ils contestent un recours abusif au CDD. Désormais, même si la requalification d’un CDD en CDI relève normalement de la procédure accélérée devant le bureau de jugement, un salarié peut obtenir en référé une provision à valoir sur l’indemnité de requalification… à condition que son droit ne soit pas sérieusement contestable.
Une évolution qui intéresse directement les employeurs, notamment en matière de gestion des contrats précaires, de conformité RH et de prévention des contentieux.

Requalification d’un CDD : quelques rappels utiles
Tout CDD conclu en méconnaissance des règles légales est réputé à durée indéterminée. C’est notamment le cas lorsque :
aucun écrit n’a été signé,
le contrat ne comporte pas de motif de recours,
ou si ce motif n’est pas suffisamment précis.
En cas de requalification, le salarié reçoit automatiquement une indemnité au moins égale à un mois de salaire (article L. 1245-2 du Code du travail). C’est une procédure “express” puisque l’affaire est directement portée devant le bureau de jugement du conseil de prud’hommes, qui doit statuer dans le mois.
Jusqu'à présent, cette procédure particulière était souvent interprétée comme excluant tout recours devant le juge des référés. La Cour de cassation vient clarifier cette question.
L’affaire : un CDD sans motif de recours
Dans cette affaire, une salariée employée en CDD comme garde d’enfant n’avait pas de motif précis inscrit dans son contrat. Le document mentionnait seulement qu’il était conclu “en raison d’une garde à domicile”, sans préciser le cadre légal permettant le recours au CDD.
La salariée n’a pas demandé immédiatement la requalification devant le bureau de jugement, mais a saisi le juge des référés pour obtenir :
des rappels de salaire,
et une provision sur l’indemnité de requalification.
La cour d’appel, puis la Cour de cassation, ont confirmé la possibilité d’obtenir cette provision.
Ce que dit la Cour de cassation : la provision est possible en référé
Pour les magistrats, rien n’interdit au juge des référés d’accorder une provision à valoir sur l’indemnité de requalification, lorsque :
le CDD est manifestement irrégulier,
et que l’obligation de l’employeur n’est pas sérieusement contestable.
Ici, l’absence de motif rendait le CDD irrégulier. La requalification “s’imposait” donc : l’employeur ne pouvait opposer aucun argument sérieux pour s’y opposer.
Le juge des référés pouvait donc accorder une provision sans prononcer formellement la requalification, ce qui relève toujours du bureau de jugement.
Pourquoi cette décision est importante pour les employeurs ?
Cette décision ouvre la porte à des demandes plus rapides et plus fréquentes de la part des salariés. Les équipes RH doivent en retenir plusieurs enseignements :
1. Un CDD irrégulier expose immédiatement l’employeur
Même avant le jugement au fond, l’entreprise peut être condamnée à payer une provision, ce qui accélère le risque financier.
2. Le CDD doit contenir un motif précis et légal
La simple mention d’un article du Code du travail ne suffit pas. Il faut un motif détaillé, lié à l’un des cas autorisés (remplacement, surcroît temporaire, emploi saisonnier…).
3. Le référé devient une voie stratégique pour les salariés
Rapide et efficace, il peut entraîner :
une avance de l’indemnité,
des rappels de salaires,
une pression immédiate sur l’employeur.
4. Les employeurs particuliers sont aussi concernés
Ici, l’affaire impliquait un particulier employeur, mais la solution vaut pour tous les types d’employeurs, y compris les entreprises.
Ce que doivent faire les services RH et paie : vigilance et prévention
Contrôler systématiquement les CDD avant signature : motif, durée, renouvellements, mentions obligatoires.
Former les managers qui rédigent ou initient les CDD.
Limiter les situations de recours automatique au CDD, surtout en cas de besoins structurels.
Archiver les justificatifs permettant de prouver la réalité du motif.
Suivre de près les contentieux Prud’hommes, car un référé peut déclencher rapidement un coût financier.
Conclusion : un signal fort en faveur de la protection des salariés en CDD
La Cour de cassation confirme que le salarié n’a pas à attendre la procédure de fond pour obtenir une première réparation lorsque le CDD est manifestement irrégulier. Cette décision renforce la nécessité, pour les employeurs, de sécuriser leurs pratiques contractuelles.
Pour les services RH, c’est un rappel clair : la moindre erreur dans un CDD peut coûter cher, et désormais beaucoup plus vite. Référence: Cass. soc., 27 nov. 2025, n°23-12.503













